lettre de Mar Moussa aux amis

Lettre aux Amis de Deir Mar Moussa
Décembre 2025

Hospitalité, amitié et intercession

L’hospitalité dans le désert n’est pas seulement une noble vertu ni une bonne pratique basée sur une tradition saine ; ce n’est pas non plus une question d’acquérir une bonne réputation pour qui la pratique. L’hospitalité peut sauver la vie d’un hôte égaré, ou d’une personne affamée ou assoiffée. La steppe est désolée et pauvre : au cœur de cette désolation, la solidarité et l’hospitalité deviennent des vertus célestes, au même titre que la foi, l’espérance et la charité. Selon le père Paolo, l’hospitalité unit l’amour de Dieu et l’amour du prochain, résumant ainsi la Loi et les Prophètes.

Dans la société bédouine, la tente est semblable à un sanctuaire : l’étranger doit garder une distance respectueuse, sans porter atteinte à l’intimité de la famille, et ne s’approcher que sur l’invitation du maître de maison. Si le visiteur n’est pas désiré, il ne sera pas reçu et, après un temps d’attente, devra s’éloigner de la tente. Au chapitre 18 de la Genèse, Abraham court à la rencontre de trois inconnus qui se tiennent près de l’entrée de sa tente. Âgé de quatre-vingt-dix-neuf ans, il était assis à l’ouverture de la tente à l’heure la plus chaude du jour, peut-être assoupi. Lorsqu’il ouvre les yeux et aperçoit les trois hommes, il se hâte vers eux, craignant qu’ils ne se sentent indésirables. Abraham ignorait l’identité de ses hôtes, comme le rappelle la Lettre aux Hébreux : « N’oubliez pas l’hospitalité : en la pratiquant, certains ont accueilli des anges sans le savoir » (He 13,2). Abraham offrit à ses visiteurs une hospitalité généreuse — repos, eau, pain, lait et viande — et ce n’est qu’ensuite qu’il découvrit que son hôte n’était autre que Dieu le Très-Haut, qui lui donna en retour un fils, Isaac, l’enfant de la promesse. Qui donc est l’hôte, ici ? Abraham n’est-il pas devenu l’hôte de Dieu par l’hospitalité qu’il avait lui-même offerte ? Dieu n’a-t-il pas sauvé la vie d’Abraham et assuré sa descendance dans le sein aride de Sara, vieillie et stérile ?

Toute personne que nous accueillons, surtout la plus démunie, porte Dieu en elle. Le Seigneur Jésus ne s’est-il pas identifié à l’affamé, au nu, au malade et au prisonnier (cf. Mt 25) ? Chaque fois que nous accueillons quelqu’un, c’est Dieu lui-même que nous recevons en nous ; l’hôte est toujours l’hôte du Miséricordieux. L’hospitalité est une forme d’adoration du Créateur, lui qui nous a tous accueillis dans l’existence.

Ils sont nombreux, ceux qui se sont perdus au plus profond de leur cœur, et nombreux aussi les déserts de notre monde : déserts des relations, déserts de la haine, déserts des valeurs. Trop d’hommes et de femmes vivent dans un univers virtuel peu vertueux, enfermés dans une solitude à la fois isolée et isolante, sans vision ni espérance d’avenir, prisonniers de leurs appartenances ethniques, religieuses ou sectaires, dans un monde dominé par la violence et l’oppression des pauvres et des marginalisés. Qui pourra venir en aide à ces êtres égarés dans leur confusion intellectuelle et morale ? Qui trouvera le temps pour le prochain importun ou pour le parent exigeant ? Qui aura la patience d’écouter les âmes et les cœurs qui souffrent de la séparation d’avec ceux qu’ils aiment ?

L’hospitalité fait la différence et apaise les blessures. Elle enlève les obstacles et abat les murs, transforme les relations en amitiés et édifie la confiance. Ainsi, lorsque Dieu quitte la tente d’Abraham, son ami, Il lui révèle son intention de détruire Sodome et Gomorrhe. Et bien qu’Abraham, l’ami de Dieu, ne soit devant Lui que poussière et cendre, il trouve le courage d’intercéder pour les innocents, comme si Dieu avait besoin de quelqu’un pour Lui rappeler qu’Il est Miséricordieux. Cela montre que la proximité avec Dieu rend l’homme semblable à son Créateur, compatissant et miséricordieux. Combien de saints ont suivi l’exemple du Christ, se sont imprégnés de sa personne, ont pensé comme Lui, éprouvé ses sentiments (cf. Ph 2,5) et accompli ses œuvres — et même des œuvres plus grandes encore (cf. Jn 14,12) ?

Abraham eut le courage de négocier longuement, presque de marchander, avec Dieu, son Ami, parce qu’il parlait selon la logique même de Dieu et selon son cœur aimant. Telle est l’intercession : faire en sorte que notre cœur ressemble au cœur de Dieu, en adoptant sa manière de penser et en nous unissant à Lui par une attitude semblable à la sienne. Ainsi Dieu promit à Abraham et tint sa promesse.

C’est cela que nous désirons vivre en ce temps de l’Avent, en ce temps de Noël, et que nous souhaitons à tous. Accueillir la Parole de Dieu vivant, qui s’est faite chair et a planté sa tente au milieu de nous : Jésus le Bien-aimé, l’Emmanuel, Dieu avec nous. Pourquoi ne pas le traduire ainsi : « Dieu est notre hôte » ? En Jésus Christ, fils de Marie, nous ne sommes plus des esclaves, mais des amis intimes ; et dans cette audace, nous pouvons intercéder pour toute la création, témoignant avec confiance au monde que l’hospitalité et l’amitié peuvent sauver l’humanité.

Notre intercession ne peut que partir de la Syrie blessée, passer par Gaza la meurtrie, jusqu’à Jérusalem qui pleure ses enfants, eux qui ont oublié l’hospitalité d’Abraham et se sont enlisés dans un bourbier sans stabilité, emportés dans un tourbillon de violence et de haine. Notre intercession doit aussi atteindre le Soudan et le Yémen, le Nigeria et l’Ukraine, ainsi que tous les lieux où Dieu souffre en chaque personne éprouvée. Tel est Noël : Dieu a vu nos souffrances et Il est venu nous visiter, et la visite du Seigneur est miséricorde. À Lui la louange pour les siècles des siècles.

Où en sommes-nous aujourd’hui ?

Un an après la chute du tyran Assad, des sentiments contrastés se mêlent en nous. D’un côté, la joie et le soulagement de nous être libérés de la tyrannie, de la répression et de l’injustice. De l’autre, la tristesse face aux massacres perpétrés sur la côte et à Sweida contre des innocents. Le désir de vengeance et de revanche personnelle vient empoisonner l’atmosphère de fête, introduisant de l’amertume dans la saveur de la joie et troublant les cœurs comme les relations. La peur continue de dominer les communautés chrétiennes, inquiètes de devenir la proie de l’extrémisme et des appels jihadistes qui condamnent ceux qui sont différents, mais aussi des menaces pouvant émaner de groupes dits indisciplinés, de combattants étrangers, de cas isolés ou de clans… autant d’entités obscures et indéterminées.

Certes, la situation des chrétiens revêt un caractère juridique distinct dans le contexte islamique. Nous sommes des croyants et des Gens du Livre, et, par conséquent, nous ne constituons pas une cible légitime aux yeux des musulmans. Mais lorsque l’obscurantisme s’installe, même les musulmans eux-mêmes n’y échappent pas. Cette réalité suscite des inquiétudes non seulement pour les chrétiens ou pour les autres minorités, mais également pour nombre de musulmans sunnites, qui redoutent la tentative d’islamiser la société, la politique, les programmes scolaires et universitaires, et de réécrire l’histoire en présentant l’ennemi d’hier comme l’ami d’aujourd’hui. Le monopole d’une seule voix sur la scène politique et le manque de confiance entre toutes les parties accentuent l’instabilité. L’accord entre les Kurdes et le gouvernement de transition n’est encore que de l’encre sur le papier, malgré la volonté affichée par les deux parties de poursuivre le dialogue. Toute personne raisonnable sait que la paix et la stabilité exigent du temps et un engagement durable, et que la démocratie, ainsi qu’un État de droit fondé sur l’égalité, ne s’acquièrent pas d’un simple geste. Mais nul ne peut garantir l’exécution des promesses ni juger les intentions ; seules les actions révèlent la vérité. Nous ignorons si les chrétiens resteront en Syrie avant que ne se concrétise ce à quoi nous aspirons tous. Ce qui permet aux chrétiens de demeurer, c’est la redécouverte du sens profond de leur présence en cette terre, la compréhension que leur choix de rester ou de partir doit naître d’une conscience spirituelle et d’un discernement intime de la volonté divine, de son dessein à leur égard, et non de calculs d’opportunité ou de nécessité.

Nous avons choisi de demeurer et de travailler côte à côte avec chaque Syrien et Syrienne qui aspirent au bien de la Syrie, dans toutes ses composantes et ses multiples facettes. Nous avons compris que le bien de l’Église et de la présence chrétienne est intimement lié au bien de l’Islam et de l’ensemble de la société syrienne. Nous ne pouvons vivre dignement en ne pensant qu’à nous-mêmes ; c’est pourquoi nous revendiquons dignité, liberté et égalité pour tous les Syriens, sans accepter que seules certaines factions soient protégées au détriment d’autres. Cette exigence vaut pour le monde entier aujourd’hui : aucun État, aucun peuple ne peut vivre dignement alors que des populations sont exterminées à Gaza, que des tribus s’entredéchirent au Soudan, que les extrémistes massacrent les chrétiens au Nigeria, et que des villes sont bombardées en Ukraine. La question est unique, et l’humanité n’en fait qu’une : soit nous vivons tous dignement, soit la vie ne peut être digne pour personne.

Deir Mar Musa

Nous continuons de vivre selon nos trois priorités : la prière, le travail manuel et l’hospitalité. La prière est notre force et la raison de notre présence sur cette montagne et dans cette vallée. De nombreuses personnes viennent prier avec nous : des chrétiens de différentes Églises, des musulmans, des druzes, des alaouites. Nous recevons aussi de nombreux journalistes, arabes et étrangers, et tous apprécient le silence et l’atmosphère spirituelle qui caractérisent ce lieu. Certains groupes participent depuis des années à des retraites spirituelles au monastère, et pour nous, ils constituent la priorité absolue. Les moines Youssef et Jihad, les novices Ziad et Majd, ainsi que les moniales Houda et Carol poursuivent leurs tâches et responsabilités habituelles.

Le travail manuel quotidien au monastère se poursuit, notamment les activités agricoles. Bien que la saison des olives soit généralement médiocre en Syrie, Dieu nous a bénis encore cette année, et de nos 588 oliviers nous avons pu obtenir toute l’huile et toutes les olives dont nous avions besoin. Cet été, nous avons procédé à la première récolte de raisin et goûté les trois variétés qui composent le vignoble de la vallée du monastère. Et ce qui pourrait sembler incroyable, c’est que nous mangeons encore, début décembre, des tomates issues de notre propre ferme. Grâce à Dieu, quelques pluies sont tombées ces jours-ci, et nous espérons qu’elles seront suivies d’autres, afin d’alimenter le puits qui nous fournit l’eau nécessaire à nos besoins et à nos cultures.

Nous avons installé un système d’énergie solaire pour l’ancien monastère, la résidence des moines et des hommes, et nous nous préparons ces jours-ci à installer un système analogue au monastère al-Hayek, ainsi que dans la vallée pour le puits, de manière à pouvoir dépendre pour environ 95 % de l’énergie solaire, réduisant ainsi notre recours à l’électricité publique, devenue si coûteuse qu’elle rend la vie difficile pour la plupart des Syriens.

Le nouveau vignoble

Nous poursuivons également le travail agricole sur les terres de Mar Elian à Qaryatayn, parallèlement à la restauration des parties détruites au fil des années. La production de raisin, de raisins secs et de mélasse dépasse celle de l’an passé, grâce à Dieu. Comme à l’accoutumée, nous avons célébré la fête de Mar Elian (Saint Julien) le 9 septembre ; un grand nombre d’habitants de Qaryatayn, chrétiens et musulmans, ainsi que des groupes de pèlerins venus de toutes les paroisses du diocèse avec leurs prêtres, ont assisté à la messe solennelle présidée par l’évêque Jacques Mourad. Cependant, les chrétiens ayant repris une résidence permanente à Qaryatayn ne dépassent pas une vingtaine de personnes.

Nos activités de dialogue et notre engagement pour la paix et la réconciliation

En 2012, Paolo rêvait d’effectuer un pèlerinage le long des rives du fleuve Oronte, afin de visiter les villages sunnites et alaouites qui s’étaient affrontés, pour tenter de promouvoir la réconciliation et prier sur les tombes des victimes des deux camps. Mais les circonstances ne lui en ont pas donné la possibilité. C’est là la première idée qui nous est venue après la chute d’Assad et la libération de la Syrie. Nous avons trouvé l’adhésion et le soutien à ce projet auprès d’amis musulmans et chrétiens de différentes confessions, et jusqu’à aujourd’hui, nous avons réalisé quatre visites.

Nous avons d’abord rendu visite à certaines familles alaouites touchées sur la côte, et les avons accompagnées pour prier sur les tombes de leurs proches ; le même jour, nous avons également visité des familles sunnites et ismaélites de la région, ayant subi des massacres perpétrés par le régime ou ayant perdu des membres de leur famille lors des tueries sur la côte. Par la suite, nous avons rencontré plusieurs familles chrétiennes dont les proches avaient été blessés ou tués lors de l’attentat contre l’église de Mar Elias à Duweil‘a, dans la banlieue de Damas. Nous nous sommes ensuite rendus à Idlib et dans ses villages sunnites, ainsi qu’à Qal‘at al-Ḥisn (le Krak des Chevaliers), où la tension reste vive entre musulmans et chrétiens de Wadi an-Naṣārā (la Vallée des Chrétiens). Ces visites ont constitué de précieuses occasions d’écouter la douleur d’autrui, de partager leur tristesse et leur souffrance, et de leur offrir, autant que possible, quelque réconfort. En réalité, notre groupe, formé de personnes issues de diverses traditions religieuses, a créé, au cours de ces rencontres, l’opportunité de démolir de nombreuses barrières, de surmonter les peurs et de dépasser les préjugés, y compris les nôtres. Nous étions allés pour consoler, et c’est nous-mêmes qui avons été consolés par les attitudes de la plupart de nos hôtes ; nous avons appris de leur patience, et nous nous sommes attristés de nos propres manquements ainsi que de ceux du monde entier face à la douleur et à la misère des pauvres.

Tombes de massacres sur la côte

Cet été, nous avons accueilli le frère Majd parmi les novices, le 20 juillet, à l’église du monastère de Mar Musa, avec une grande joie et gratitude envers Dieu, poursuivant nos prières pour les vocations au sein de l’Église et de notre communauté.

Après une interruption de quatorze ans, nous avons organisé, du 25 au 27 juillet, un séminaire sur le dialogue interreligieux intitulé « Cœurs ouverts, une nouvelle espérance pour la Syrie ». Y ont participé des amis du monastère, musulmans et chrétiens de diverses confessions, ainsi que de nouveaux amis venus de toute la Syrie — de Qamishli, Idlib, Ghouta, Homs, Damas et d’autres régions — et quelques amis européens du monastère. D’anciens détenus, chrétiens et musulmans, ont raconté comment l’expérience de la détention pouvait poser les bases d’une perspective d’espérance pour l’avenir. Nous avons abordé les thèmes de la réconciliation et de la justice, ainsi que l’éducation à la culture de la paix et à la non-violence. Malgré certaines tensions et difficultés, les résultats ont été positifs et prometteurs. Parmi les moments les plus beaux, il y eut la rencontre de Syriens provenant de régions autrefois en hostilité ou de groupes qui se dénigraient mutuellement : certaines jeunes filles d’Idlib ont déclaré avoir rencontré des chrétiens pour la première fois, et quelques chrétiens de Damas se sont étonnés de ce qu’ils partageaient avec les habitants de Ghouta, leurs voisins ennemis.

Le 28 juillet, nous avons lancé l’initiative des « Jardins de figuiers », une idée née dans le village de Hish, dans la province d’Idlib, où des figuiers avaient germé au milieu des décombres de maisons bombardées par le régime. Le figuier vert est devenu un symbole d’espérance pour ceux qui avaient perdu leur maison. L’idée était de planter des arbres à travers toute la Syrie, en baptisant chaque arbre du nom d’une personne disparue, arrêtée ou enlevée, tuée en guerre ou sous la torture, qu’il s’agisse de personnes dont le sort est connu ou dont le destin reste inconnu. Dans la vallée sous le monastère, nous avons ainsi pu exprimer publiquement notre deuil pour ces personnes en commémorant chacune d’entre elles — chose impossible sous le régime d’Assad. Les familles ou amis des disparus ont rappelé leur vie et inscrit leur nom sous un arbre qui en conserve la mémoire. Le père Paolo a désormais son olivier. L’initiative continue de voyager à travers le pays pour honorer la mémoire des disparus, et nous espérons l’étendre à toute la Syrie.

Le 29 juillet, pour la première fois, nous avons célébré publiquement l’eucharistie en l’honneur du père Paolo, à l’occasion du douzième anniversaire de sa disparition, avec les participants au séminaire et les amis du monastère, en présence du Nonce apostolique, le cardinal Mario Zenari, de l’archevêque Jacques Mourad et de nombreux prêtres de l’archidiocèse, ainsi que du père Mourad Abu Saif sj, supérieur des jésuites en Syrie. De nombreux amis musulmans et chrétiens étaient également présents, ainsi qu’un large nombre de journalistes.

29 juillet : Eucharistie en l’honneur du père Paolo

Le 30 juillet, l’archevêque Jacques Mourad a organisé un séminaire sur le père Paolo à la Curie de Homs, structuré autour de trois thèmes : 1) Paolo le jésuite, présenté par le père Mourad SJ ; 2) Paolo le moine au monastère de Mar Moussa, présenté par le moine Jihad ; 3) Paolo et sa pensée dialogique islamo-chrétienne, présenté par sœur Carol. L’événement a rassemblé des représentants officiels du gouvernement et du ministère des Affaires religieuses, ainsi qu’une foule de fidèles et d’amis venus de Homs et d’autres régions.

Le lendemain, 31 juillet, fête de saint Ignace de Loyola, une messe a été célébrée pour le père Paolo dans le monastère des pères jésuites à Bustan al-Diwan, Homs. À cette occasion, nous avons publié un petit recueil intitulé « Une journée de joie », regroupant quelques paroles et phrases du père Paolo, relançant ainsi, après quatorze ans, la maison d’édition de la Communauté, « Dar al-Khalil », que le régime avait été contraint de fermer après l’expulsion du père Paolo de Syrie. Nous cherchons actuellement des financements pour permettre à cette maison d’édition d’employer du personnel hautement qualifié pour traduire vers et depuis l’arabe, publier et diffuser des ouvrages sur la non-violence, la construction de la paix, la réconciliation et le dialogue islamo-chrétien. Notre prochain objectif est de publier les conférences du père Paolo, œuvres originales en arabe, pour les distribuer dans les pays arabes ; deux volumes ont déjà été traduits et publiés en italien (Il mio testamento et Dialogo sempre con tutti), tandis que la traduction du troisième volume est en cours.

Dans ce contexte, nous vous informons que la Lund Mission Society, en Suède, a traduit le livre du père Paolo, « Amoureux de l’Islam, croyant en Jésus », en suédois. Le père Jihad a participé au lancement du livre, présenté à la Foire du Livre de Göteborg, et a tenu des rencontres sur l’amitié islamo-chrétienne en Suède, en collaboration avec l’Église nationale suédoise et des amis solidaires de la Syrie. À l’issue de cette tournée européenne, la Communauté de Deir Mar Moussa a reçu à Bergame, en Italie, le prix « Constructeurs de Ponts », en reconnaissance des efforts déployés pour bâtir la paix, favoriser la réconciliation et poursuivre l’héritage du père Paolo dans le dialogue interreligieux et l’amour pour l’Islam et les musulmans. C’est également avec une grande joie que nous vous annonçons la reprise des travaux dans la bibliothèque du monastère, où nous cataloguons les livres et maintenons l’inventaire, après que le père Jens ait renouvelé le programme de gestion, le rendant plus simple et plus facile d’usage.

Cette année, notre communauté a tenu son Chapitre Général annuel au monastère de la Vierge Source de Paix, des moniales trappistes à Azeir, à la frontière libanaise. Lors de cette rencontre, nous avons discuté de notre vie, de notre mission et de notre vision pour le présent et l’avenir, dans un climat de prière, d’écoute et de gratitude envers Dieu pour tout.

Nous poursuivons nos activités habituelles. L’école de musique continue avec succès et obtient des résultats remarquables. En attendant son inauguration officielle, le nouveau bâtiment de l’école maternelle d’al-Qalamoun a été utilisé pour l’année 2025-2026 : le rez-de-chaussée et les nouvelles salles, baignées de lumière, accueillent les enfants qui jouent joyeusement dans le jardin récemment aménagé, orné d’un arbre vert.

Nouvelle école maternelle à Nebek

Le besoin d’assistance médicale pour les pauvres reste urgent : ceux qui n’ont pas d’argent ne peuvent se soigner, et certains en meurent. Nous continuons à fournir une aide mensuelle à environ 75 étudiants universitaires à Damas, Homs et Alep. Parallèlement, le projet Tosca Barucco a offert une assistance à 360 femmes chrétiennes et musulmanes, proposant des cours académiques ou professionnels pour développer leurs compétences, poursuivre leurs études universitaires ou entrer sur le marché du travail. À Homs, l’équipe Athar, composée de jeunes chrétiens et musulmans, poursuit le travail éducatif avec les enfants des familles touchées par le tremblement de terre de février 2023, originaires du nord de la Syrie, zone autrefois hors du contrôle du régime d’Assad. L’équipe dispense des cours de mathématiques, de physique, de langue arabe et anglaise, ainsi que des activités sportives et récréatives chaque vendredi et samedi, pour les enfants en difficulté, en retard dans leurs études ou ayant souffert d’un apprentissage limité en raison d’un long exil ou de leur naissance et enfance dans des camps de réfugiés.

Monastère de San Salvatore – Cori

Au monastère de San Salvatore, le temps s’écoule dans la simplicité, ponctué par la prière et de petits pas d’espérance. Sœur Deema poursuit son parcours de doctorande avec persévérance et confiance. Cette année encore, elle a participé à de nombreuses rencontres en Italie et a assisté en Belgique à une veillée de prière pour la paix, où elle a rencontré des personnes intéressées par notre vie communautaire ou par le « deuxième ordre » naissant, offrant ainsi une belle occasion de partager diverses expériences. Parmi les moments les plus significatifs, il y a eu l’accompagnement de plusieurs étudiants syriens le jour de leur remise de diplôme, une expérience pleine de gratitude et de joie, qui nous rappelle l’importance de semer l’espérance, car l’avenir, malgré les difficultés, peut fleurir.

Avec l’association « Amis de Deir Mar Moussa », nous avons organisé plusieurs rencontres sur des thèmes liés à la vocation du monastère et au dialogue interreligieux. Avant Pâques, avec certains amis, nous avons vécu des exercices spirituels : prière, méditation et réflexion ont enrichi tous les participants. D’autres membres de la Communauté ont passé de courts séjours au monastère, rencontrant des amis et partageant des moments chaleureux dans la joie. Le monastère a accueilli de nombreuses personnes, certaines n’ayant pas pu voyager en Syrie et désirant passer quelques jours avec nous dans la simplicité, la fraternité et le partage. Sœur Carol, installée à Deir Mar Moussa, est passée par Cori pour offrir une semaine de formation et d’initiation à l’Islam à un groupe de Petites Sœurs de Jésus se préparant à la mission dans divers pays musulmans. La rencontre s’est tenue dans leur couvent des Trois Fontaines à Rome.

En novembre a été inauguré le Fonds Cesare Dall’Oglio, constitué de 2800 volumes et articles offerts par la famille du père Paolo à la Bibliothèque Civique de Cori, proche de notre monastère. À cette occasion, un livre rassemblant les écrits de Cesare Dall’Oglio, intitulé « Prophétie et réalisme historique. Écrits d’apostolat civil et ecclésial », a été présenté dans l’église de San Salvatore à Cori, en présence de nombreux amis, de la famille Dall’Oglio, du maire de Cori et de nombreux habitants.

Monastère de Notre-Dame, Sulaymaniya, Kurdistan irakien

Nous remercions le Seigneur, car le frère Jens a survécu à un grave accident de la route au début du mois d’octobre. Heureusement, il n’y a eu aucune victime. Jens se remet rapidement des contusions qu’il a subies. Friederike continue de s’occuper de sa mère âgée et malade en Allemagne. Elle offre également des séances de thérapie post-traumatique à certaines personnes en Irak, en présentiel ou en ligne, un service d’une grande importance pour ceux qui en ont besoin en ces temps difficiles.

Au début du mois de février, pour des raisons de sécurité urgentes, nous avons lancé un projet de restauration de l’église qui présentait des fissures sur le mur en direction de la maison des voisins, avec consolidation des fondations. Les travaux se sont arrêtés fin juillet faute de fonds. Un nouveau financement a été approuvé en novembre et nous espérons reprendre les travaux en décembre.

Les activités de notre monastère à Sulaymaniya sont multiples, dont une session d’études appelée Cross-road(« Croisement ») qui aide à découvrir comment prendre des décisions. Ce programme a suscité l’intérêt d’enseignants universitaires et d’instituts de Sulaymaniya. Le programme aide également à réfléchir sur le rôle des systèmes éthico-religieux. Nos cours de langues et la collaboration avec les pères jésuites dans le cadre du programme JWL (Jesuit Worldwide Learning) se poursuivent. De plus, notre groupe de théâtre Saboun Karan a présenté deux spectacles avec grand succès, dont les textes ont été écrits par Safa, la directrice du groupe. Pour notre plus grande joie, Safa a trouvé l’amour de sa vie, Arpan, professeur à l’American University of Sulaymaniya. Ils se sont mariés et vivront en Espagne. Safa n’aura plus besoin de voyager seule au Canada. Elle remercie tous ceux qui l’ont aidée à préparer ce voyage et utilisera toutes les donations reçues de ses amis pour poursuivre ses études en Espagne.

Conclusion

Nous renouvelons chaque jour nos vœux, par lesquels nous nous engageons à aimer Dieu par-dessus tout et à chercher constamment son Visage dans la prière, le travail manuel et l’hospitalité, c’est-à-dire dans l’homme aimé de Dieu jusqu’au bout. Nous renouvelons également notre engagement envers la mission de l’Église au service du monde islamique, jusqu’à ce que vienne le Royaume de Dieu. Sur cette base, nous restons fermes dans le choix de la non-violence, de l’écoute et de l’ouverture. Nous ne craignons pas la petitesse ni la simplicité ; à l’image de la famille de Nazareth, nous travaillons pour la réconciliation, résistons au langage de la haine, et nous opposons aux graves divisions sociales, ethniques, religieuses et régionales en Syrie, que nous souhaitons voir devenir une oasis de rencontre, de connaissance, de culture, de travail et de joie pour tous les Syriens.

Nous œuvrons pour que la présence authentique des chrétiens en Orient puisse se poursuivre, fondée sur la compréhension et la pratique de leur rôle de pont entre les différentes composantes. Nous rappelons que le bien des chrétiens est lié à celui de tous leurs voisins et concitoyens. Pour protéger les chrétiens, il est nécessaire de garantir la dignité de toutes les autres composantes de la société syrienne, dans le cadre de la loi et de l’égalité, au sein d’un État démocratique qui assure et respecte la spécificité de chaque religion, culture, langue et ethnie.

Nous remercions tous nos amis, où qu’ils se trouvent, en particulier les Associations d’Amis de Mar Moussa en Italie, en France et en Suisse, pour leur soutien matériel et moral, et surtout pour leur engagement à promouvoir l’esprit de dialogue et d’ouverture religieuse et culturelle, soulignant l’importance de l’aspect spirituel dans un monde matériel dominé par l’individualisme, l’isolement et l’indifférence. Vous êtes un signe distinctif dans notre vie. Nous espérons que nos amis présents et actifs en Belgique, en Allemagne et en Suède puissent créer d’ultérieures associations dans leurs pays respectifs. Nous remercions également tous les amis fidèles qui n’appartiennent à aucune association mais restent à nos côtés, par amour de la Syrie et des chrétiens d’Orient. Nous remercions tous les bienfaiteurs privés, où qu’ils soient, et toutes les institutions non gouvernementales, en particulier les organisations ecclésiales catholiques et non catholiques, partenaires de longue date ; nous ne citons pas les noms afin de n’oublier personne. Votre confiance nous permet d’avancer, car nous sentons que nous ne sommes pas seuls : vous êtes nos compagnons de route au service du Royaume de Dieu et du bien de l’humanité. Nous rendons grâce à Dieu et à vous pour l’amitié qui nous lie, manifestée par l’échange de visites au monastère ou dans vos régions et foyers, dans la prière et l’intercession, et qui se traduit par la prise de conscience et la réflexion intellectuelle, ainsi que concrètement par le soutien aux projets que nous menons en Syrie et en Irak, au service du contexte social dans lequel nous vivons, pour les pauvres et pour l’Église. Chaque aide, même minime, laisse une trace dans la vie d’une famille, d’un enfant, d’un jeune. Nous vous transmettons la gratitude des personnes que nous aidons grâce à vos dons : étudiants universitaires, patients, élèves, femmes, veuves, hommes cherchant à vivre dignement. Nous rappelons que l’un des meilleurs moyens d’aider la Syrie est de venir la visiter, de rencontrer ses habitants et de parcourir ses rues, afin que la population locale se sente aimée, et non crainte ou condamnée en raison des informations diffusées par les médias ou des politiciens exploitant la situation à des fins électorales, souvent caractérisées par l’hostilité envers les étrangers, l’islamophobie et le rejet des migrants.

Le monde d’aujourd’hui a besoin de témoins courageux, instruits et cultivés, comme Francesca Albanese, Norman G. Finkelstein et d’autres, capables de prendre des décisions fondées sur les valeurs humaines, le droit international et l’éthique, et non sur des choix émotionnels ou selon des logiques de pouvoir, d’intérêts régionaux tortueux et d’appartenances aveugles. Notre monde a plus que jamais besoin de solidarité et d’amitié, comme l’ont montré des millions de personnes que nous avons vues remplir places, rues et universités en signe de soutien à Gaza et à la Global Sumud Flotilla, parce qu’elles ont compris que la dignité humaine n’était pas négociable. La liberté en Palestine est la flamme de la Statue de la Liberté à New York. Le génocide de femmes, d’hommes et d’enfants, qui se déroule sous les yeux indifférents des puissants de la Terre, au cœur de pierre et à la conscience morte, est l’assassinat de ce qui reste d’humanité dans le monde d’aujourd’hui. La cause humaine est unique : dignité et paix pour tous, justice et prospérité pour tous. La Terre est notre maison commune : engageons-nous à la préserver.

Comment vous pouvez nous aider

En Suisse :iban CH40 0900 0000 1234 9594 6
Association Les Amis de Mar Moussa
CH 1257 La Croix-de-Rozon

(Ces dons donnent le droit à une déduction fiscale)
Ne jamais mentionner la Syrie

En France :
Par chèque :
A l’ordre de l’Association Les Amis de Mar Moussa-France
Chez Aurélie Fournier, trésorière : 159 boulevard du Président Wilson 33200 Bordeaux

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