La Syrie un an après (2) : Homs

A Homs l’inquiétude et l’incertitude sont perceptibles

Nous sommes allés à Homs voir où en était la ville dont des quartiers entiers ont été détruits pendant la guerre civile.
La réalité saute aux yeux : la reconstruction tarde et est l’œuvre de la société civile.

Homs, rue commerçante

Reconstructions : rares et courageuses
Dans la rue commerçante de Hamidiye de rares immeubles en chantier. Sur la place de l’Horloge, à côté de bâtiments qui portent les stigmates des conflits, un restaurant vaste et étincelant.

Les magasins sont bien approvisionnés, et regorgent de fruits et légumes. Pourtant les prix, très bas pour des occidentaux : le kilo de haricots équivaut à 60 centimes, mais ils sont inabordables pour ceux qui ne gagnent que 100 francs par mois. Alors les gens n’achètent plus au kilo mais à lunité.

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Et plus à l’est les Jésuites ont construit un vaste espace culturel et de formation pour les jeunes.


Ce nouveau centre culturel est au cœur de la vieille ville, où un jésuite célèbre dans tout le pays, Frans van der Lugt, a été assassiné le 7 avril 2014 pendant la guerre civile.
Nous avons été hébergés par monseigneur Jacques Mourad, moine et cofondateur de Mar Moussa, enlevé par Daech puis libéré par des amis musulmans. Aujourd’hui il est l’archevêque syriaque catholique de la région. Signe du sentiment d’insécurité, notre hôte ne nous laissait pas sortir non accompagnés. Il ne cache pas ses doutes face au nouveau régime. « Le nouveau président ne fait pas confiance aux Syriens, d’où les Syriens ne lui accordent pas non plus leur entière confiance. Le dirigeant a nommé aux postes importants des ministres tous venus de son cercle, on n’a pas vraiment changé de régime ». On a fait savoir discrètement à Jacques Mourad qu’en haut lieu, on n’appréciait pas ses critiques.
Insécurité toujours. Un prêtre proche de l’archevêque a été attaqué alors qu’il rentrait chez lui. Rudoyé, on l’a fait chuter, il s’est cassé le bras, sa croix a été arrachée, son portable volé. De qui était ce l’œuvre ? des voleurs, un groupe fanatique ? Cherchait-on à l’intimider ? Pas de réponse actuellement.
Si mon voisin n’est pas en sécurité…
Jacques Mourad se refuse à entrer dans des spéculations, il rend attentif à la diffusion de « fake news » toxiques et porteuses de divisions. Un exemple ? Les médias ont fait état d’assassinat de chrétiens dans le « quartier arménien ». Or, le crime concernait un couple musulman, tué par un membre de sa famille.
La rumeur a alors changé et a accusé la minorité alaouite, s’en sont suivis des actes de vengeance, voitures brûlées, commerces saccagés. « Si mon voisin est en danger, je suis en danger », proverbe que nous répète un des jésuites de Homs. Tant que chacun ne sera pas en sécurité en Syrie, personne ne peut se sentir totalement en paix. A Homs, on entend des coups de feu chaque nuit.
L’archevêque ne peut être optimiste : « la Syrie était un exemple de convivialité entre les communautés. Le projet de diviser la Syrie est ancien, il apparaît déjà en 1920, lors de la fin de l’empire ottoman. Un plan insensé, qui montre la méconnaissance de la réalité syrienne : dans toutes les régions, les diverses populations sont mélangées « . Et s’ajouter que si la Syrie est divisée, il ne restera rien aux Syriens.