La Syrie un an après (1)

Premier retour en Syrie, après la chute du gouvernement Al Assad. Premières impressions contrastées. Le passage de la frontière entre Liban et Syrie se déroule comme lors de nos précédents voyages. Contrôle des passeports, transcription de nos données en arabe, paiement de la taxe (75 usd), re-contrôle, tampon d’entrée sur le territoire. Pas de visa obligatoire, pour le moment.

Souks et restaurants bondés
Sur l’autoroute de Damas, il n’y a plus de postes de contrôle. Et à Damas, la vie est apparemment normale. En ces périodes de fêtes de fin d’année, beaucoup de monde dans la vieille ville, et cohue dans les soukhs. Les restaurants sont pleins. Pas de touristes européens. Les rues sont animées et décorées. Ce qui frappe, ce sont les patrouilles de miliciens, jeunes, barbus et armés de kalachnikoff.
Les commerçants de la « rue droite », très fréquentée, se disent satisfaits de la nouvelle situation, surtout parce que les transactions peuvent se faire en devises étrangères, ce qui était interdit auparavant. Des habitants nous confient qu’ils sont inquiets, ils redoutent une islamisation forcée du pays. La capitale semble calme. Comme beaucoup de vieilles villes dans le monde, on note une « gentrification », un remplacement des habitants par des hôtels et des restaurants de luxe.
Voyage vers Mar moussa
Le trajet vers Mar Moussa, à 80 km au nord, nous le faisons en taxi en moins de deux heures, et sans rencontrer de postes de contrôle, sauf à l’entrée de la vile-carrefour d’EnNebek. Nos passeports y sont photographiées et les nouveaux douaniers nous demandent notre destination. Nous dépassons un autre poste sur la route qui mène au monastère. On apprend que le fils d’un proche du Deir y travaille pour gagner un peu de sous.

L’accueil au monastère est chaleureux comme toujours. Impression de rentrer à la maison. Sont présents 6 moines et moniales – Jihad le prieur, Yossé, Houda, Carol, Friedericke, deux novices, Joseph le résident permanent, des bénévoles et des ouvriers syriens. Avec nous quatre voyageurs suisses, nous sommes 22 en tout.
Mais pour Noel des jeunes Syriens et Syriennes sont montés à Mar Moussa et nous avons fini par être 35.

Les cérémonies de Noel commencent par un feu sur la terrasse, une procession et des chants. La vie est spartiate, il fait froid partout, on est à 1200 mètres, dans le désert, ça ne refroidit pas la tradition abrahamique de l’accueil de tous ceux qui montent. Au soleil tout le monde se retrouve sur la terrasse pour discuter, boire le thé, couper les légumes pour les repas. Seul endroit où il y a la possibilité de réellement se chauffer, c’est dans le nouveau réfectoire en contrebas de la terrasse, où a été installé un puissant fourneau, allumé uniquement pendant les repas.
Condamnés à l’espérance
A Nebek, l’école de musique a organisé un concert de fin d’année avec chœur et musiciens. L’ardeur et le sérieux de ces 65 jeunes est impressionnant. Et nous constatons que l’argent versé à cette école gratuite est fort bien utilisé, notamment en finançant le trajet et la rémunération des professeurs qui viennent pour la plupart de Damas.
De même le jardin d’enfants de Nebek a été agrandi grâce à un nouveau bâtiment, de salles de classe colorées et un préau réaménagé.

La communauté de Mar Moussa continue ainsi sa mission d’accueil et d’hospitalité au monastère. Tout en aidant les jeunes de la région, donc l’avenir, à se former, à cohabiter et à s’ouvrir. Comment la communauté vit-elle le changement de régime ? Le prieur ne se range ni parmi les optimistes ni avec les pessimistes, il veut croire à l’avenir et participer à la construction de la paix, « Nous sommes condamnés à l’espérance ».