Le conflit en Syrie, qui a éclaté en mars 2011. a fait plus de 350.000 morts, des millions de réfugiés ou déplacés, provoqué des destructions colossales, des souffrances indicibles. Alors que la diplomatie peine à dessiner une issue politique, désespoir et défaitisme pourraient s'imposer. Journaliste et présidente de l'Association des Amis de Mar Moussa, Laure Speziali s'est rendue en Syrie fin avril. Elle nous hvre te récit d’une lumière dans la nuit syrienne.

Vous êtes fous... inconscients... courageux... notre petite équipe de l'Association des amis de Mar Moussa a tout entendu avant son départ en Syrie fin avnl. Le but du voyage : exprimer notre amitié et notre solidarité à la communauté du monastère de Saint-Moïse l'Abyssin, situé à quelque 80 kilomètres au nord de Damas, que nous soutenons depuis 2009.


A notre grand étonnement, la frontière entre le Liban et la Syne est franchie en moins d'une demi-heure. La route est ensuite large, peu fréquentée, en descendant vers Damas. Seule trace de la guerre : de la fumée au-dessus d'un quartier où les combats se poursuivent, et bien sûr une douzaine de check-points avant d'atteindre le monastère. Autre surprise : les soldats sont détendus... « nous sommes des invités de l'archevêque de Homs », « nous sommes Suisses » : autant de sésames qui permettent à notre taxi de franchir rapidement les contrôles. Un jeune soldat nous lance : « bienvenue dans mon pays », avec un large sourire.

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C'est aussi avec beaucoup de chaleur que nous accueillent les trois femmes et les cinq hommes, membres de la communauté de Mar Moussa. Ce monastère, datant du Vie siècle, a été découvert et restauré par un jésuite italien, le Père Pado Dall'Oglio, qui a fondé une nouvelle communauté, oecuménique et mixte, de rite syriaque catholique. Il a malheureusement été enlevé en été 2013 à Raqqa par l'Etat islamique et nous sommes sans nouvelles de lui.


Depuis que le calme est revenu dans la région, les visiteurs, chrétiens et musulmans, montent à nouveau au monastère en grand nombre le vendredi, jour de congé.


En compagnie de Soeur Houda, la supén

rieure, nous visitons les projets menés par la communauté dans la petite ville de Nebek. à quelque 15 kilomètres du monastère. A son avis, l'aide apportée doit cibler les enfants : il faut qu'ils grandissent ensemble, chrétiens et musulmans, pour créer une nouvelle génération porteuse de paix en Syrie.


Le jardin d'enfants accueille 120 enfants de 3 à 6 ans. Il se situe dans les locaux de l'église syriaque catholique, mais la majorité des enfants sont musulmans, sans que
cela pose de problème. Ils sont répartis dans de petites classes, selon leur âge : certains font des puzzles, d'autres apprennent les lettres de l'alphabet et même déjà l'anglais.


Autre réalisation : l'école de musique, regroupant 65 jeunes. Dix professeurs viennent de Damas tous les vendredis. Ils les initient à des instruments classiques et orientaux: de la flûte au luth, en passant par la trompette et le violon. Le résultat est époustouflant. Ce n'est que la 2è année qu'ils pratiquent et ils jouent déjà avec beaucoup d'assurance. Ils ont préparé un véritable petit concert avec des chants et des morceaux de styles très différents.


Les enfants sont très concentrés, mais rambiance est joyeuse, et la musique les aide à sortir des traumatismes de la guerre. En s'initiant à la guitare, un jeune a pu ainsi se stabiliser psychologiquement et reprendre l'école.


La ville de Nebek compte aujourd'hui 100'000 habitants, dont environ 500 chrétiens. Elle a été occupée par les rebelles entre 2012 et 2014. puis reprise par l'armée. Une cinquantaine de maisons ont été détruites, une église et deux mosquées ont également été touchées. La vie et le commerce ont repris. Une partie des bâtiments ont été restaurés. De nombreuses personnes, qui étaient parties travailler dans les pays du Golfe, sont revenues, car les Syriens sont devenus persona non grata. Elles ont de l'argent et construisent de belles villas. Mais pour la majorité des habitants la vie est devenue très chère, les prix ont explosé et la monnaie a perdu dix fois de sa valeur.


Notre route nous mène ensuite à Homs. A l'entrée de la ville, pas de trace de la guerre, mais au centre, oui. La vieile-vile avait été coupée du monde pendant deux ans : occupée par les rebelles et encerclée par l'armée. Le Père Michel nous raconte qu'il négociait un cessez-le-feu avec toutes les parties pour que les gens puissent venir à la messe : les combats reprenaient juste après.


De nombreuses maisons portent encore les stigmates de la guerre. Dans la résidence des jésuites, nous nous recueillons devant la tombe du Père Frans van der Lugt assassiné dans le jardin le 7 avri 2014. Une personnalité hors du commun. Il n’avait jamais voulu prendre parti dans le conflit, prêchant inlassablement la réconciliation. Le Père Frans était resté sur place, seul : il était comme un père pour les habitants assiégés.

listener2                          Nous traversons en voiture des quartiers complètement détruits. Des petites rues sont fermées pour raisons de sécurité. l'armée est présente à de nombreux check-points. Le contraste est impressionnant avec d'autres quartiers où la vie a repris. Les commerçants nous accueillent le sourire aux lèvres, mais au-dessus des magasins beaucoup de maisons sont encore inhabitables.


Un autre problème : le manque d'hommes. Ils sont dans l'armée, partis avec les rebelles ou ont fui pour éviter d'être enrôlés. Deux tiers des ouvriers dans les usines, et même sur les chantiers, sont aujourd'hui des femmes. La reconstruction ne fait que commencer. A part les souks, une mosquée et la cathédrale syriaque catholique ont été réparées, avec l'argent des fidèles ou de la diaspora. Selon l'évêque. Mgr Philippe Barakat. environ 40 familles chrétiennes sont revenues dans la vieille-ville sur les 450 qui y habitaient avant la guerre.


Alors que l'été régnait à Genève, nous avons connu la pluie, le froid et un vent tempétueux durant notre séjour. Un violent orage a même inondé les routes à notre retour de Homs. Un moine nous a bénis, car nous avions amené la pluie dans une région qui connaît la sécheresse !


Un temps en tout cas à l'image de la Syrie... même si la situation est calme dans certaines zones, le pays n'est pas près de retrouver la paix, vu le nombre de groupes et de pays impliqués dans le conflit pour des motifs économiques et politiques, et en aucun cas pour le bien du peuple syrien.

L'Association des Amis de Marmoussa a pour but de soutenir l'œuvre du Père Paolo Dall'Oglio au Moyen Onent pour le dialogue et la construction de la paix et d'aider le développement et le rayonnement du monastère mixte et œcuménique de Mar Moussa (Syrie), lieu d’accueil, dans ses différents aspects spirituel, interreligieux, social et écologique.

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Monastère de Saint-Moïse TAbyssin à 80 kilomètres au nord de Damas.


ASSOCIATION LES AMIS DE MAR MOUSSA

18, route du Prieur, 1257 La Croix-de-Rozon [CH]

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Tél: +41 22 321 00 29
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